mercredi 23 juillet 2008

S.O.S Amitié.


Appel à candidature:
Paya, 20 ans, Rennes. Recherche personne, homme, femme, travesti ou hermaphrodite, voire poupée qui parle, chien ou plante carnivore qui...(je n'ose pas le dire!) partagerait mon aversion indifférence envers sa majesté Erykah Badu.

Oui j'ai donc aujourd'hui décidé d'affirmer ma dissidence au régime, je m'expose aux balles et aux coups de couteau dans la glotte, je serais peut-être un héros de la Résistance dans quelques années.
Je tenais tout de même à témoigner. Un témoignage qui me coutera sans doute la vie ou pire encore. Les rares fois où j'ai oser répondre "bof, m'en fous" à la question "Alors tu penses que Erykah c'est la Diva de la Soul ou la Queen d'un néo-hip hop jazzy psychédélique?", et bien figurez vous Mesdames et Messieurs les jurés, j'ai été passé à tabac par 12 jeunes femmes à un salon de cosmétiques afros. Puis ça a été d'odieux graffitis sur le mur de ma maison "Funk-You, Son of a beat! Tu nous Soul!" J'en passe et des pas mûres. Je n'en puis plus.
Mon corps et mon honneur on été piétiné par ce pays à la culture totalitaire ou toute sédition est punie par un apartheid social.

Exactement comme ce jour maudit, où moi, alors heureux président d'un collectif de musique Soul Funk, fervent défenseur de la Black Music dans toute sa magnificence: j'ai commis l'irréparable. J'ai en effet montré la photo illustrant cet article à mes compère FunkySoul Addicts en la commentant malencontreusement: "Bon je sais que vous allez me dire que c'est le make-up du futur et que l'expression de ses yeux est celle d'une reine, d'un génie de la musique; mais moi elle me rappelle plutôt une prostituée gambienne sous crack entrevue à Amsterdam." Grand Silence. Puis on me réponds que dire ça, c'est un peu comme de l'antisémitisme musical,en pire. J'ai été viré de ma propre association. Je suis seul.

Donc si toi aussi, tu t'es pris un coup de vynil de Nina Simone dans l'abdomen à une soirée Jazzefiq, parce qu'après 5 mojitos tu avais crié "putain d'afro en plastoc, elle porte une perruque cette camée, c'est juste qu'elle à un meilleur coiffeur que Béyoncé!!!": et bien viens à moi, formons un club.

Nan mais c'est vrai, il y a certains immobilismes et vérités absolues qui me sidèrent. C'est le pouvoir de l'OPINION PUBLIQUE. Un truc impalpable pour lequel des types en costumes, et aussi des types mal habillés, se battent tels Don Quichotte contre un moulin. Des fois ça marche, des fois ça RKOZY. Ça peut être l'opinion d'une nation, d'un parti politique, d'une région, d'un "groupe ethnique", d'une classe sociale, ou alors d'un truc encore plus réduit comme un club d'aéromodélisme. En tout cas ça reste une forme de Diktat des valeurs culturelles, esthétiques ou intellectuelles. Mais des fois ça peut servir de garde-fou l'OPINION PUBLIQUE, donc il ne faut pas trop s'en plaindre. Sinon les 2be3 pourraient se reformer ou un cataclysme du genre.

Liste des 30 affirmations qui peuvent vous valoir une intégrale de Jimi Hendrix dans l'arcade sourcilière: (pouvant varier d'un jour à l'autre selon les aléas de l'opinion publique, cette liste sera peut-être caduque dès demain, c'est aussi ça la magie des médias).

- "Je suis vraiment triste que Harry Potter ce soit fini."
- "Le club Dorothée c'était de la merde quand j'y repense."
- "Go Mc Cain":
- "Je suis sûr que Michael Jackson est vraiment pédophile"
- "Qu'est-ce qu'elle s'habille mal la Bradshaw, en plus de n'être pas gâtée par la nature"
-"J'aimerai tellement qu'Eminem fasse son come-back!!"
-"Franchement New York ça ne m'attire pas du tout comme ville. Tout ce bruit, ces sentinelles de bétons. Nan je préfère la Savoie."
-"Beurk, Starbucks"
-"C'est débile le concept des Shutter Shades de Kanye West"
-" Femme Actuelle c'est quand même un cran au dessus de Vogue"
-"Paaariiiiiisss est magique!!!"
-"Un sac pour hommes, why not?"
-"Gad Elmaleh c'est vraiment original je trouve!"
-"La religion c'est vraiment un truc pour les faibles qui ne savent pas affronter la réalité en face. J'préfère le rock!"
-"Sarkozy il dit pas que des conneries n'empêche!"
-"L'écologie c'est de la merde, pourquoi ce faire chier à sauver des types qu'on connaitra pas puisqu'on sera tous morts?"
-"La coiffure de Yannick Noah est vraiment ridicule"
"MTV SUCKS! La Chaine Parlementaire ROCKS!"
-"Amy Winehouse devrait mourir maintenant pour passer à la postérité; une overdose ce serait classe!"
-"Tu viens au spectacle de Dieudonné avec moi en novembre?"
-"Ils sont pas terriblement taillés les vêtements chez H&M, les coloris sont à vomir, les motifs on du être crées avec la fonction shuffle du logiciel du designer"
-"On peut faire de super affaires à Kiliwatch, c'est THE bon plan"
-"Mais je comprends pas, enfin, j'veux dire, le Tibet c'est chinois nan?
-"Je viens de m'acheter un sweat à capuche avec de larges rayures horizontales. MA-GNI-FIQUE!"
-"Un peu maigrichon ce Pharrell Williams"
-"Le Da Vinci Code c'est vraiment un bon bouquin"
-"J'écoute du TTC"
-"Maman, je veux faire hébreux LV3!"
-"J'aurais bien fais mon service militaire n'empêche. C'est cool les mitrailleuses et les grenades."
-"Louise Bourgoin? C'est qui?"

Il y'a des fois où il vaut mieux fermer sa gueule.

lundi 21 juillet 2008

Lézards Décoratifs

Il y a une poignée de jours, je me suis rendu au Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, en très charmante compagnie. L'intention de base était d'y contempler des robes de Valentino, mais au final, ça a été beaucoup plus. Moins décapant que ma précédente expo d'art contemporain, mais sûrement plus belle. Comme dans beaucoup de musées: 60% des œuvres sont moches, 20% sont belles, 5% sont drôles et 15% sont incompréhensibles. J'ai pas tout fini, il m'en reste un peu sur le coin de la rétine. J'y retournerai, c'était vraiment cool.

* A la seconde où j'ai sorti mon appareil photo me croyant esseulé pour immortaliser une singulière affiche finlandaise, un vigile à surgit à la parisienne (c'est à dire sans dire bonjour, oui car les parisiens qui disent bonjour ne peuvent être que des bretons expatriés, j'en ferais sûrement un article un jour, ou pas) en me disant "veuillez effacer tout les clichés que vous avez pris depuis le début de l'exposition monsieur".
Donc une fois de plus, je me retrouve avec les photos moches du site internet, des œuvres pas forcément les plus intéressantes. On fera avec comme d'hab.



MUSEE DE LA MODE ET DU TEXTILE: Valentino, thèmes et variations.

J'ai choisi exclusivement des créations 60's, noires et blanches. Reflet de mon goût personnel plutôt que de l'exposition.




(Si un jour, une danseuse de locking arrive dans un battle affublée de la création de gauche, je pense qu'elle aura compris beaucoup de choses. Quoique ça ne doit pas être pratique pour danser. En tout cas elle aura mon approbation.)

GALERIE DES BIJOUX.

Croix du Christ argent, cristal de roche et grenat, que tout bon pape bling-bling se doit de porter pendant les JMJ. Portugal XVIIIè

Boucle d'oreille or et jade MULTIFONCTION. LE sex-toy des artistocrates de 1867, un must had.

Le collier "stéthoscope" acrylique, or et aluminium que tout médecin charlatan bling-bling se devait de posséder en 1976.

GALERIE DES JOUETS.

Effet "Madeleine de Proust" assez décoiffant.

GALERIE D'ETUDES: "Aussi rouge que possible"
Etui à cigarettes Cartier que toute bonne fumeuse de Gaulloises sans filtre devrait se voir interdire de posséder.

Affiche de Hiroshima mon amour d'Alain Resnais, que tout bon pacifiste, cinéphile, idéaliste, romantique un peu crédule se doit de placarder dans son petit salon.



Nécessaire à toilettes Louis Vuitton, 1929. Pour faire la différence en camping, il n'y a pas 30.000 solutions. Adoptez-le!



Yeah Girl, you're lying on this sofa, all naked, with italian shoes on. Listening to my voice on your voicemail, drinking sparkling water. When suddenly: the doors open...This one going to the High Heels One. [Le fameux sofa La Bocca de Bertrand Lavier]

MUSEE DE LA PUBLICITE: Affiches 100% Finlande


Humour finlandais...

dimanche 20 juillet 2008

Vous pouvez éteindre la télévision et reprendre une activité normale.




PULSIONS:

Je veux voir Faster Pussycat Kill Kill!, Coffy la Panthère de Harlem et revoir Foxy Brown.
Car un mauvais film qui a beaucoup, beaucoup de style, je crois que ça s'appelle un bon film. En tout cas il faut que je vérifie.


jeudi 17 juillet 2008

Art Discount




L'Art, le Travail et l'Entreprise. Voici les thèmes abordés par la biennale d'art contemporain de Rennes, notamment dans son exposition phare: Valeurs Croisées.

Je n'ai aucun repère en matière d'art contemporain, ayant de regrettables lacunes dans ce domaine, c'est en parfait néophyte et avec une humilité jamais vue chez moi que je passe les portes de ce vaste ancien couvent de jacobins, mystérieux lieu de l'exposition.
C'est sûr un coup de tête, seul, en plein après-midi que j'ai pris cette décision qui m'aurait paru inimaginable quelques minutes auparavant. Mais l'affiche placardéE dans les moindres recoins de la ville en suggérait trop et n'en montrait pas assez. Et puis merde, j'avais 20 ans et un jour, c'était maintenant ou jamais.

A tâtons, j'explore, j'ouvre grand les mirettes, je ris tout seul parfois. L'impression gênante de souiller un sanctuaire pour initiés s'estompe au fur et à mesure que je familiarise avec l'endroit. Je me rappelle alors mes laborieuses recherches sur André Malraux au semestre précédent; il parlait de "choc esthétique", de la valeur universelle de l'art, bonheur accessible à tous, que n'importe quel quidam devant une bonne œuvre pouvait être interpellé par le travail de l'artiste, sans éducation artistique intermédiaire. Je commençais à comprendre ce charabia, à déculpabiliser.

Je ne vais pas raconter cette exposition car j'en serait techniquement incapable. Je peux cependant dire que j'imagine qu'elle vaut le coup d'œil pour tout les rennais, même non-artistes. Je ne peux pas dire si elle était bonne ou mauvaise, je n'en ai jamais vu d'autres.
Je peux simplement dire que ces œuvres, valorisées par ce lieux sans âge et une ambiance sonore totalement surréaliste ne m'ont pas laissé indifférent. C'était une sensation tout autre qu'au cinéma, au théâtre ou à un concert. C'était intérieur. Mais j'ai ressenti quelque chose.
Quelque chose que je ne maitrisais pas que je ne connaissais pas. Avec l'étonnement et la candeur d'un enfant.

[Je laisse les rares images que j'ai pu trouvé sur Internet (malheureusement pas les meilleures) parler à ma place. Le mieux serait d'admirer ces œuvres en trois dimensions, en se contentera de photos. ]




L'exposition se clos avec une grande toile sur laquelle est peinte: " Vous ne repartirez pas sans problèmes, vous repartirez avec des problèmes de meilleure qualité"



Ils ont dit vrai.

Putain c'était bon!
Je recommence?


mardi 15 juillet 2008

Amenez-moi Freud sur le champ!...de bataille


Hier je suis allé au cinéma. En fait, un peu comme tout les jours étant donné que le cinéma est mon lieu de travail. Je consomme donc les films comme un boulanger consomme des pains au chocolat. Par réflexe, souvent pour passer le temps, pendant une pause, mais aussi parfois avec grand appétit.
Je préfère déguster que dévorer.
Les aliments qui laissent un goût amer sont parfois les meilleurs, il faut juste faire un tout petit effort. Prendre son temps.

Le petit effort qui consiste à troquer le fast-food pour de la Cuisine digne de ce nom. C'est un peu le même effort qui consiste à se rendre dans la salle d'art et essai plutôt que dans son habituel multiplexe (bien sûr à Paris on peut trouver de l'art et essai pas trop pointu dans les multiplexes, mais c'est une autre affaire en province.)


Il n'y a pas que Hancock qui détruit des bâtiments pour sauver le monde...malheureux dommages collatéraux. Dans la même catégorie, l'armée israélienne ainsi que le phalangistes chrétiens ont fait assez fort au Liban en 1982...


En allant voir
Valse avec Bachir, je m'attendant à une simple version israëlo-libanaise du délicieux Persépolis. Il n'en fût rien. Ari Folman n'a pas la malice Satrapi. On ne rit pas devant ce film d'animation.
L'histoire est celle d'un israélien, ancien vétéran du Liban, qui essaye de se rappeler de la campagne militaire à laquelle il a pris part 20 ans auparavant. Guerre que sa mémoire à occulté, modifié ou magnifié. Pour cela, Boaz s'entretient avec des psychiatres ou d'anciens vétérans qu'il aurait côtoyé durant la guerre, et rempli ainsi les cases manquantes de sa mémoire jusqu'au fatidique massacre de Sabra et Chatila.

Freud et son inconscient viennent donc au secours du soldat, de l'Histoire et de la Mémoire. Problématique que j'ai eu le plaisir de traiter maintes fois en Sciences Politiques...

On peut tous faire une parabole avec notre propre vie. Notre mémoire, nos souvenirs, constamment biaisés par notre inconscient. Notre 10è anniversaire était-il si joyeux? Notre premier baiser si succulent? Ce vaccin contre la tuberculose en primaire était-il si douloureux? Combien de disputes oubliées ou au contraire emphasées ? Est-ce que notre cher Boaz a vraiment été un héros pendant cette guerre? A-t-il participé au massacre de Sabra et Chatila? Je vous laisse le découvrir par vous-même.

Bien évidemment, les problèmes traités dans Valse avec Bachir sont plus dramatiques, il s'agit bien là de guerres, de territoires, religions, politiques et de violence.
Le film n'est pas juste une dénonciation d'un régime, d'un groupe d'hommes ou des massacre en eux-mêmes.
C'est tout d'abord le portrait d'israéliens un peu perdus, ne sachant pas trop ce qu'ils faisaient au Liban, se battant contre un vague ennemi comme lors de la plupart des guerres, donc contre tout le monde sauf eux-même; partant la fleur au fusil comme les jeunes français en 14. Un film israélien dans lequel les israéliens on le rôle des bourreaux, avec la culpabilité qui va avec, fait encore très rare six décennies après la Shoah.


Ce que je craignais dans ce genre de film quasi dépourvu d'humour, d'ironie et de cynisme: c'est de tomber dans la complainte pathétique. Enorme écueil que le réalisateur évite avec brio, malgré un ton très "premier degré" on ne tombe pas dans un pathos gluant et larmoyant. Le film reste digne et infiniment poétique, grâce à une qualité d'animation rarement vue. Le dessin rappelle Joann Sfar et son
Chat du rabin en plus chatoyant. Le Beyrouth de 1982, à feu et à sang devient la scène géante d'un spectacle de son et lumière, exercice pyrotechnique bien plus saisissant que ceux auxquels nous avons la joie de pouvoir assister en ces temps de fête nationale. Le tout agrémenter d'une B.O absolument décalée (sans doute la seule source d'humour du film) et de dialogues en hébreux, langue râpeuse qui chatouille l'oreille comme on effleure un bouton de moustique: ça gratte mais c'est agréable.

Même dans ce magnifique écrin, le film est cru, dur, beaucoup trop vrai,la pression monte au fur et à mesure jusqu'à une apothéose quasi-gênante.

Mes yeux restent rivés sur l'écran tout le temps du générique sans que ma paupière inférieure disent bonjour à sa voisine du haut. Mes membres semblent vouloir rester solidaires à ce moelleux fauteuil. Ma tête est à Beyrouth.


J'avais dit que je ne me ferais jamais avoir par un film sur la guerre, c'est trop pathétique. Mais Ari Folman à réussi là où De Palma à échoué avec son
Redacted passé inaperçu il y a quelques mois. J'étais bluffé.

Je sors de la salle, l'air hagard, agressé par la blanche lumière du jour. Seul dans un rue pavée un dimanche après-midi. Je suis soudainement surpris par la répétition d'un rythme dans un rue voisine "1,2,1,2,1,2!". Et me voici nez-à-nez avec avec des centaines de types costumés et armés jusqu'aux dents. A Rennes, le défilé à lieu le 13 juillet, j'avais oublié...
Des pères de familles robustes tiennent des enfant sur leurs larges épaules, chers petites têtes blondes qui tiennent de jolis petits pulls marine noués sur leurs frêles petites épaules, agitant un drapeau français miniature à la main, célébrant des machines de guerre. "Papa, tu crois que monsieur là, il a déjà tué une autre monsieur avec son fusil?".

On applaudit. On rit. C'est la fête. Une fête NATIONALE! BOOM, BOOM, PAN, PAN!! BRAVOOOO.
Oh la belle rouge!

lundi 7 juillet 2008

Les aventures de l'incorrigible Monsieur I.

Monsieur Idéaliste était un homme entre deux âges, seul. Il habitait au beau milieu d'un quartier tranquille, pas vraiment central, pas vraiment périphérique. Si Monsieur I. avait été américain, il aurait sans doute élu domicile à Wisteria Lane; mais comme il est français, il habite dans un pavillon d'une étonnante neutralité, à 15 minutes du centre ville de Montpellier ou de Strasbourg, cela importe peu. Monsieur I. est partout.
JAMAIS une trace de doigt sur les verres de ses lunettes, les mêmes qu'il s'était offert pour un de ses anniversaires, jour qui coïncidait étrangement avec celui de la mort du Général De Gaulle. Son apparence appartenait au passé. Ses manches étaient parfaitement à égale distance de ses poignets. Toujours rasé de frais. Le dimanche, il cirait ses Paraboot comme d'autres astiquent leur voitures.

Son plus bel accessoire était avant tout son sourire: béat, figé. Toujours le même. Monsieur I. ne s'en débarrassait que pour dire "mes sincères condoléances à vous et à votre famille, je partage votre peine et votre deuil". C'était le genre de sourire que seuls arboraient les curés de petites paroisses, ceux qui ont un très faible rapport avec les choses matérielles et l'argent. Le genre d'expression qui rassure les bigots mais faisait froid dans le dos aux athées et autres libres penseurs. Sûrement souriait-il pendant son sommeil, sûrement sourirait-il au plafond sur son lit de mort.

Notre idéaliste n'était pas curé, il avait un rapport avec les choses matérielles, aussi discret soit-il. Sa maison blanc craie tranchait par sa simplicité sur les bâtisses d'un beige insolent qui l'entourait. Monsieur I. avait repeint entièrement sa façade après que des enfants y ait lancé un œuf, un 31 octobre. Son intérieur était sobre, mais entièrement équipé des choses (f)utiles de notre époque.

Monsieur I. était un jeune retraité, il avait longtemps était dévoué aux Restos Du Cœur, lieu dans lequel il s'était tissé un mince et superficiel réseau de sociabilité. Il avait décidé maintenant de s'investir dans la construction d'une école à Madagascar, "parce qu'il y avait de la misère dans le monde, bien pire encore que celle qu'on trouve au pas de sa porte".
L'Idéaliste avait une foi infinie en l'
homo sapiens. Pas vraiment celle des grands homme, une foi simple, entière, naïve. Le genre d'homme qui sauverait n'importe quel être humain, bon ou mauvais, sans rien en échange, sans reconnaissance aucune, ni même un accès direct au paradis. Monsieur I était un homme bon, c'est tout, c'est vrai. HORS DU TEMPS.
Le genre de type capable de confier son chéquier à une personne démunie pour qu'elle aille se faire un bon restaurant.

Monsieur I. ne fermait jamais la porte de chez lui. JAMAIS. Et sa confiance en l'être humain lui avait toujours rendu la monnaie de sa pièce. Selon ses dires, sa clé était "la bonté qui résidait au fond de l'âme de chacun de nous, qui même recouverte par des tonnes de boue, finissait toujours par remonter à la surface".
Il avait tout de même pris UNE précaution, un mot tout en pleins et déliés, affiché ostensiblement dans l'entrée:
"
Monsieur le cambrioleur,
Si vous êtes une personne dans le besoin, prenez de quoi manger pour vous et votre famille dans mon réfrigérateur. Sachez que je ne vous juge pas monsieur le cambrioleur, je pense que pour en arriver là, la vie n'a pas été tendre avec vous. Je serais sincèrement enchanté de vous portez une assistance morale, si vous aviez l'amabilité de vous présenter chez moi dans des circonstances plus conventionnelles. Et puis j'ai de très bonnes relations aux Restos du Cœurs. Mais je vous en conjure, essayez de retrouver le bon chemin, vous pouvez être quelqu'un de bien, vous ETES quelqu'un de bien. Prière de ne pas toucher à mes effets personnels. Ma porte vous reste grande ouverte, sans animosité aucune."

Le papier avait jauni depuis sa rédaction.

Ce matin, Monsieur I. revenait de l'agence de voyage, il avait sur lui un billet pour Antananarivo. Il inaugurait son école malgache le surlendemain. Son perpétuel sourire était plus significatif que jamais.

Un papier balafré par des gribouillis était littéralement planté sur sa porte blanche, funeste missive:
" Messieu la bone ame, merci pour le poulet, la sauce tommate et le somon fumé. Je vais beaucoup mieux. Je trouverait surement une place chez moi pour le lecteur DVD, l'ordinateur portable, vos quelques tableaux, votre argentrie. Comme la nature fait bien les choses, je chausse aussi du 44 et j'adore vos chaussures en cuire. Je suis sur le chemin du salu, grasse à vous je n'aurè plus besoin des Restos du Cœur. Merci de laissez votre porte grande ouverte. Et sacher que votre
femme porte des souvétements très afriolents."
Et au dos, comme une sentence de mort "les jens vraiment bien, ça n'existe pas"


Monsieur Idéaliste fût avalé tout crû par la société, plus personne ne le revis jamais. Nul souvenir de lui. Aucune trace de ses actions en ce bas monde. A la place de sa maison: un terrain vague.


Toujours est-il que Monsieur I n'avait jamais eu de
femme. Etrange...

samedi 28 juin 2008

Flashs nordiques


Elle s'appelait Liisi ou Leevi, j'sais plus moi je l'appelais Lily, une jeune barmaid d'Helsinki qui n'avait pas que le physique.
Ce soir de mai, je venais à peine de poser mes bagages en terre finlandaise. Fatigué. Quelque chose me gênait dans ma poche arrière droite, j'en pris connaissance. Un affreux flyer orangé, en finnois, sur lequel j'arrive à distinguer: "Club", "Happy Hours" et..."Metro Siilitie Igelkottsvägen".
Premier et dernier élément de ce rustre langage que j'assimilai avec difficultés.
Je déteste les boites de nuit, c'est le genre d'exception qui confirma la règle...

23h51, j'étais d'un côté du bar, Lily de l'autre, 4 glaçons à la mains. Non Lily n'était pas resplendissante de beauté, enfin pas encore, ce serait trop facile. Je demande maladroitement à boire à son collègue blond...un Ti Punch. Problème de communication évident, j'opte pour un mot plus universel en ces contrées septentrionales: vodka, please.
Le temps passe, la session 90's du Dj me lasse. Ennui nordique. 33 degrés sur la piste, mais j'ai froid.

Les basses crachent: "Because we are your friends, you'll never be alone again". Publicité mensongère, j'étais seul au monde dans cette immense foule difforme.

1h22, Dj Lempi se décide à passer
Jump! Jump! de Kriss Kross, même si je n'avais que 4 ans à l'époque du single, je savais de quoi il en retournai, j'esquisse un sourire. Lily jette ses glaçons par terre, attrape un T-shirt dans un carton, monte sur le bar, et enfile ce vêtement à l'envers comme le faisait les chanteurs du groupe en 92. J'éclate de rire comme jamais. Vraiment, comme jamais. Il semble que je sois le seul. Ah non, elle rit aussi. Elle à un nombre de dents hallucinant, si c'était possible, son sourire ferait le tour de son crane, j'en reste intimement persuadé.

4h24, Elle et Moi, association hétéroclite assemblée devant la porte de chez elle. Je me marre, parce que je n'arrive pas à déchiffrer son nom sur la boite aux lettres. Ce n'était pas drôle, mais elle ça la faisait rire. La finlandaise est bon public.
Au rez-de-chaussée, je me cogne dans un truc. Il n'y a pas d'autres mots pour décrire ce monticule de matière. Toujours est-il que Lily descendait pour moitié d'un père plasticien "dadaïste-surréaliste" et que l'homme en question avait laissé des traces de son existence sur Terre avant de mourir. Pour le meilleur, pour le PIRE.

5h01, sur son futon dur comme de la roche, elle est nue comme un ver mais a gardé ses escarpins rouges, sûrement un délire de scandinave. Je ne m'en plains pas, j'obtempère.

5h42, 2è round, on fait des trucs de cons, comme des enfants malpolis.

6h28, grognon, je la repousse, elle et ses préservatifs recyclables au cassis. Elle me chante:" heal the world, make it a better place". Je m'endors.


13h48, succulent breakfast devant son écran plat aussi large que le mur d'une chambre d'étudiant parisienne. Je peine à obtenir d'elle l'équivalent finlandais du Doliprane. Elle me raconte sa vie: la mort de son père, l'héritage familial, sa passion pour les chevaux, son échec dans un école d'art berlinoise, l'équipe féminine de volley au lycée, son frère urbaniste. Je ne bronche pas, mais me demande intérieurement quel âge a-t-elle avec ses faux airs de grande cruche; puis lui écris mon prénom en japonais sur l'avant bras à l'aide d'un rouges à lèves. Elle m'engueule parce que c'est un Dior, ou un Chanel, je ne sais plus. Je m'en fous.


14h01, scène d'émeutes en Birmanie sur notre "home cinema", les cris des victimes en Dolby Surround sont saisissants. Le sang, qualité HD, aussi écarlate que du vrai, sans colorants ni conservateurs. Mère "Lily" Teresa, invective son téléviseur innocent en finnois. Relents alter-mondialistes écolos. A parier que le film culte de son enfance était
l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Elle m'exaspère. Se retourne vers moi, prend un pose de rappeuse U.S et un pseudo-accent jamcain et me balancent les paroles de Paper Planes de M.I.A: " Pirates, skulls and bones. Sticks and stones and weed and bombs. Running when we hit' em. Lethal poison through their system".

Elle a les larmes aux yeux. J'engouffre une énième tranche de bacon local.


C'est vraiment con ça, je suis incapable de me rappeler de son foutu prénom!